ETHIQUE ET EXISTENCE POLITIQUE

14/06/2016 10:37

 

Le cheminement de l’entendement vers un idéal sociétal est une trace existentielle dans l’aventure humaine si le processus parvient jusqu’à la réalisation dans l’action.

Exister, c’est être « capable de se projeter » selon la philosophie existentialiste. Il y a un mouvement qui donne existence à …Il est autant question de la capacité que de l’action de se projeter. L’homme politique doit avoir cette capacité, mais aussi la volonté car je peux être « capable » mais ne pas « vouloir ». Si je suis capable et si je suis volontariste sur une dynamique de projection, alors mon existence politique se dessine. La capacité de se projeter ne doit pas perturber l’essentiel de la démarche politique ou pire encore, provoquer un désintérêt pour l’éthique. Celle-ci est fondée sur des sentiments profonds, on pourrait dire que c’est la couche profonde de l’existence politique. L’éthique ne varie pas selon les expériences. Au contraire, l’existence est sans cesse empreinte d’éthique et l’éthique a besoin de l’existence politique pour être projetée, sortir de la pensée individuelle et tenter de se frayer un chemin vers la réflexion puis la conscience collective. C’est l’existence qui permet le passage de l’individuel au collectif. Nous comprenons toute l’importance de la dynamique de projection. Beaucoup de gens « pensent », plus rares sont ceux ayant cette capacité volontariste.

Le délaissement ou l’absence des valeurs sont la conséquence d’une « existence politique » défaillante. Le rôle, la mission des partis politiques est de favoriser cette existence. Un parti comme lieu de culture, d’analyse et de proposition doit susciter l’éclosion d’une existence collective, consciente et évolutive sur la base d’une éthique approuvée collectivement. L’expression de cette éthique est nécessairement évolutive avec le temps mais l’éthique, elle-même, est fidèle aux valeurs qu’elle contient. La communication ne doit jamais desservir l’éthique. Elle doit au contraire rechercher les termes et les images qui permettront la meilleure compréhension possible du message. La communication politique fait partie intégrante de l’existence politique. Un monde sans éthique ne peut connaitre la moindre existence politique sans pour autant ne pas « subir » une communication de surface. En effet, certains pratiquent la communication sans avoir d’existence. Le marketing politique remplace l’existence politique, avec comme objectif de séduire un électorat. Les études d’opinions remplacent l’éthique. Ce n’est plus l’éthique qui indique une voie, un cheminement, mais les désirs immédiats. Les citoyens éclairés ne peuvent se reconnaitre dans certains programmes élaborés sur des sondages réalisés en quelques jours à partir d’une série de questions appelant des réponses courtes et sans délai de réflexion. L’action et l’attitude électoralistes remplacent l’action politique. Les slogans remplacent le débat d’idées. Quelle est la valeur d’un slogan issu d’une étude d’opinion ? Ce slogan peut capitaliser sur lui des milliers de votes de citoyens abusés, n’ayant pas eu la possibilité (le temps, la connaissance) de participer à une véritable analyse de la situation. 

 

L’amour et la haine semblent se faire concurrence tout en étant pas sur le même terrain, l’amour tentant de gagner les cœurs tandis que la haine vise le côté le plus sombre de l’être humain. Aussi, posons-nous la question de savoir s’il est plus facile d’aimer ou de haïr ? Nous ne pouvons plus nous contenter de répondre que de toutes façons, « la haine succède à l’amour », comme si personne n’y pouvait plus rien. Demandons-nous plutôt quand l’amour succédera-t-il à la haine durablement ? Nous constatons qu’il est plus facile de rejeter la faute sur l’autre sur les autres, si nous profitons au passage d’en faire une généralité. L’autre devient très vite le bouc-émissaire. La culture de la haine est donc à la portée de tous. N’importe quel manipulateur qui a compris cette faille chez l’être humain peut agiter son drapeau et attirer les foules. L’ignorance est l’amie de la haine et de ceux qui s’en servent pour en faire un système lucratif de pouvoir politique, procédant ainsi au formatage des populations. Quand l’amour succédera-t-il à la haine ? Comment l’amour peut-il vaincre la haine ? Il semble que l’être humain ne soit pas toujours à même d’aimer. A force sans doute de ne pas ou de ne plus s’aimer lui-même, il en arrive à ne pas aimer les autres ou ne plus les aimer jusqu’à les détester au point de les tuer ou de vouloir les faire tuer au nom d’une prétendue vérité. Une stratégie du crime se met en place et devient la « raison politique ». J’oppose dès maintenant « raison politique » et « existence politique » pour mieux situer cette dernière. La raison politique n'est pas forcément la politique de la raison. Le pouvoir politique doit être issu d’une existence politique et non d’une raison politique circonstancielle  de surface, même si cette raison arrive à convaincre une partie de la population. Cela nous amène à nous poser plusieurs questions sur le « système majoritaire ». Celui-ci est-il toujours en phase avec les valeurs que la démocratie est censée défendre ? Le système majoritaire peut favoriser l’élection d’un candidat populiste ou opportuniste  qui aura su capitaliser des voix sur un slogan. Cette situation peut de produire lorsqu’une éthique n’est plus suffisamment transmise, lorsque la démagogie a remplacé la pédagogie, lorsque les partis traditionnels sont eux-mêmes tentés par des thèses opportunistes. La raison politique devient alors la raison des opportunistes, proposant aux électeurs  une ligne « antisystème », fonctionnant généralement sur induction, comme par exemple, «  un ouvrier a volé une orange » donc «  tous les ouvriers sont des voleurs ». Nous ne sommes évidemment plus dans une politique de l’entendement ou politique de la raison. La politique de la raison développe les facultés de comprendre la société et son évolution en intégrant pragmatisme et sentiment moral. L’homme politique est la personne qui observe la société, la comprend et  propose une ligne politique à partir de sa propre existence politique. Il ne se contente pas de « penser le monde », il est aussi  capable de passer à l’action comme manifestation de son propre système élaboré dans le creuset de son existence. 

 

L’homme politique est un sujet engagé au service de la cohérence  de la pensée et de l’action.

 

Pour Jean-Paul Sartre, l’action devient le seul refuge contre l’absurde. La politique de l’absurde serait celle qui mènerait la société vers une forme «  d’échec fatal » selon l’expression de Jaspers. La peur du drame collectif comme résultat d’une politique de l’absurde et de l’absence de l’action cohérente peut stimuler le désir de projeter un modèle de société humaniste. L’absence de peur peut conduire l’humanité vers « l’impensable », vers le dégout d’elle-même…Il existerait donc bien des conditions « humaines » comme danger pour l’humanité, émanant de l’absurde, de la passivité, d’absence de volontarisme qui pousserait l’homme conscient, l’homme de raison, l’humaniste à « exister » politiquement, en harmonie avec son éthique. L’humaniste refuse « l’effroyable » au prix de l’engagement de sa propre existence. Celle-ci devient politique, «  existence politique » lorsque sa capacité de projeter entre en action, dans l’action collective, recherchant sans cesse le pragmatisme et l’évolution positive, refusant l’immobilisme et les conservatismes, pour trouver des réponses « justes » aux problèmes posés dans la société du réel.

 

Tentons maintenant de définir « l’inexistence politique ».

 

Que reste-t-il lorsque l’éthique n’est pas défendue ? Que deviennent les valeurs de respect, de justice sociale, de solidarité et de fraternité ? Comment exister sans ces valeurs qui ont en commun de porter en elles les clés du « bien vivre ensemble » ? L’inexistence viendrait de l’incapacité à se projeter, problème du « pouvoir faire » et de l’absence de volonté de rentrer dans l’action, problème du « vouloir faire », absence de volonté de bâtir, de construire, de participer au travail collectif qui caractérise pourtant l’engagement politique dans la société. Et pourtant, il semble bien que des femmes et des hommes soient « entrés » en politique par défaut, pour d’autres raisons que de vouloir faire progresser l’humanité. Autant dire que ce n’est pas la recherche de la sagesse qui stimule ces « acteurs » vedettes plus occupés à jouer leurs rôles que de chercher à travailler sur le fond des problèmes. Leurs principales préoccupations sont fixées sur leurs réélections et sur les sondages. 

 

La question devient « comment arriver au pouvoir ? » (ou y rester), et non « comment trouver des solutions durables pour le progrès de l’humanité ? »

 

Très loin d’une philosophie de la politique qui analyserait  le sens de la politique, l’inexistence politique interprète les faits selon l’électorat que l’on cherche à capter. Alors que l’humanité a besoin d’un travail régulier d’approfondissement des expériences humaines, de procéder à des études comparées, certains partis politiques se contentent  d’aligner un programme standard en quelques points. Celui-ci n’étant pas évolutif puisque figé sur des points fixes, tout pragmatisme devient impossible. Le dogmatisme ne conçoit pas sa propre évolution, n’envisage pas la remise en cause de sa théorie  risque de ne jamais pouvoir répondre aux grands problèmes de son temps. Nous comprenons aujourd’hui que nous ne pouvons pas faire l’économie d’une analyse au temps présent si nous voulons trouver des réponses spécifiques et cohérentes. L’analyse politique et géopolitique est devenue indispensable. Elle doit précéder toutes décisions et succéder à toutes actions afin de mesurer au jour le jour ses résultats et d’évaluer son efficacité. Il semble que la société moderne rencontre un réel problème au niveau de l’analyse. La collecte des informations fonctionne plutôt bien mais il y a un blocage au stade de l’analyse. Comment trouver une réponse « juste » sans avoir analysé le problème en profondeur ? Comment construire une politique de la raison sans avoir développé le « savoir analyser » ? Analyser un problème politique, c’est d’abord regarder sans filtre pour observer «  ce qui existe ». A quoi sert d’amasser des tonnes d’informations si nous ne sommes pas en mesure de les analyser ? Après l’analyse apparait la raison objective.

Je pense que « l’existence politique » comprend, englobe à la fois la recherche des connaissances, l’analyse des éléments, la politique de la raison, la capacité et la volonté de passer à l’action. La raison a besoin d’être « projetée » pour qu’elle devienne véritablement « existante ». Cela nous renvoi au désir, à notre désir de raison, mais aussi à notre désir d’action, à notre désir d’entrer en action, soit dans une action individuelle, soit dans une action collective qui implique une mise en concurrence de nos réelles possibilités.  Suis-je capable de projeter moi-même une proposition issue du champ de la raison ? Il y a donc un cheminement à prendre en compte qui part de l’information allant vers l’analyse puis vers cette « raison » espérée pour trouver enfin une voie d’application. La politique de la raison fait donc partie intégrante de l’existence politique. En d’autres termes, lorsque la politique de la raison aboutit à son application, ayant donc été projetée par « volonté d’action », il y a « existence politique ». Aussi pouvons-nous dire que l’existence politique est un processus qui se situe dans le prolongement de notre éthique. 

L’éthique étant elle-même, en elle-même, un libre cheminement vers la sagesse, l’existence politique serait donc à la fois le compositeur et le chef d’orchestre d’une symphonie à la vie, en quête d’un nouvel humanisme à résonance planétaire.

 

Jean-Yves METAYER-ROBBES

Docteur Honoris Causa

Président de l' ACE

President of New World Party 

 

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