QUEL USAGE POSSIBLE DE LA RAISON DANS LE CHAMP POLITIQUE ?

17/07/2017 10:37

 

J’ai tenté dans « Ethique et Existence politique » de démontrer pourquoi il me semble fondamental avant de pouvoir parler d’existence politique qu’une politique de la raison soit partie intégrante du processus évolutif qui permet, à partir d’une éthique puis d’un certain niveau de désir de raison d’arriver au passage à l’action politique et à l’action publique. 

Mais quelle est aujourd’hui la place de la raison dans l’action publique ? La raison politique ne se substitue-t-elle pas souvent à la politique de la raison ? L’action publique ne semble-t-elle pas enfermée dans le périmètre de l’action circonstancielle liée à l’immédiateté et à l’intérêt particulier ? 
Ce périmètre délimite un espace dans lequel la parole est soumise à des exigences, à des règles de conduite, ce qui implique que la liberté d’expression soit limitée. Il est alors intéressant de réfléchir sur les impacts de ces limites et règles de conduite sur la raison, sur la faculté à rechercher le « juste », la cohérence et l’objectivité précédant une nécessaire prise de conscience et de position. Nous pouvons observer facilement qu’une certaine « loi du silence » fait partie des habitudes de fonctionnement dans bien des organisations. La raison du silence impose de ne pas remettre en question, de ne pas perturber l’ordre établi. Le dogme n’est pas le seul responsable mais il y participe. On parlera alors de la « ligne dogmatique » d’une organisation. Mais lorsque l’action politique émane d’une « existence politique », c’est la « politique de la raison » qui assure une réflexion « juste » répondant au désir d’éthique partagé par le groupe ou l’organisation. Si nous savons que le dogme appelle à l’obéissance, plutôt qu’à raisonner, nous devons néanmoins nous interroger sur « la liberté à raisonner » d’un homme devenu « adepte » ou « militant », d’un homme « engagé » à représenter une organisation. Cet homme se trouve dans une « relation de service ».  Il sert l’intérêt particulier d’un parti, d’un mouvement. Une fois « élu », l’homme doit servir l’intérêt général. S’il est élu au sommet d’un état, il devient le représentant de tous les citoyens. Président d’un état, il doit alors incarner les valeurs pour lesquelles il a été élu. C’est à lui de définir en concertation avec le premier ministre les actions à venir. Cela sous-entend que la « politique de la raison » a préparé ce passage à l’action. Aussi nous pouvons réfléchir sur une réelle différence de cet usage, de cette pratique, chez celui qui est arrivé au sommet d’un état. La liberté de l’usage de la raison semble plus grande. 

L’homme d’état humaniste* n'est plus dans une démarche de conquête du pouvoir, ce qui libère son champ de réflexion et permet alors  à la raison de s’affirmer comme principe. C’est une liberté d’usage du  désir de raison  que l’humaniste pourra utiliser lorsqu’il sera au pouvoir, seulement véritablement lorsqu’il sera au pouvoir, enfin libéré de la convoitise et de la concurrence qui précèdent toujours la « victoire ». Avant l'accession au pouvoir, la concurrence est là et bien là et fausse tout débat de fond.

Aussi pouvons-réfléchir sur les effets sur la raison que peuvent provoquer le système des partis et le système électoral d’une part et le mode de scrutin d’autre part. Chacun cherche à se différencier par rapport aux autres, à élaborer une nouvelle offre politique, pourvu qu’elle attire l’électeur et rapporte des voix. Il me semble  important de poser la question de la place de la raison dans l’action politique d’aujourd’hui. La stratégie d’une campagne électorale relève-t-elle davantage d’une réflexion résultant de la raison ou d’une série d’études d’opinions ? Cela renvoi au niveau de maturité moyen des citoyens-électeurs car nous avons observé que l’homme politique qui recherche la vérité n’est pas forcément le plus populaire, d’où le besoin d’une analyse approfondie d’une candidature par les citoyens avant de pouvoir choisir en toute conscience. Nous pouvons dire que le niveau d’entendement précède le libre choix. Je suis responsable de mes actes si je suis libre de mes choix et je suis libre « pour choisir » lorsque je parviens à dépasser les formules politiciennes de surface et à soumettre les différents éléments à mon propre raisonnement. Sinon, pourquoi voter si je n’ai pas conscience de mon choix ?

Le désir de raison ouvre et élargit le champ de la conscience.

 La conscience et la raison sont ainsi partenaires d’un processus qui mène à l’entendement. L’entendement est donc évolutif tant que le désir de raison reste éveillé et actif. Nous développons alors notre « puissance de comprendre ».  N’oublions pas que la raison n’est qu’un moyen pour avancer vers notre entendement (évolutif dans le temps).  Le raison précède l’entendement qui lui-même précède la raison puisque nous fonctionnons dans (et par) un processus évolutif. La raison favorise l’élargissement de l’entendement qui va à son tour exciter le désir de raison …Il me semble que nous pouvons concevoir une interdépendance entre la raison, l’entendement et l’existence. Le bon usage de la raison serait alors celui qui conduit jusqu’à la réalisation, passant par un niveau de désir suffisamment élevé pour être  capable de nous mener jusqu’au stade de l’existence politique.
 
Jean-Yves METAYER-ROBBES

Docteur Honoris Causa en philosophie 

 

 
* J'entends par homme d'état humaniste  celui qui est devenu " libre et indépendant " dans l'exercice du pouvoir.

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